West Coast Theory – la lettre d’intention

jaquette-dvd Comme beaucoup de gamins de notre génération, nous avons grandi avec l’idée qu’on pouvait faire de la musique sans rien apprendre de sa théorie, en particulier du rap ou de l’électro. C’était avant de rencontrer Richard “Segal” Huredia, il y a deux ans…

Los Angeles, ville de rêves et de tensions, palmiers, grosses voitures et gangstérisme. Le personnage principal est Segal, ingénieur du son qui a travaillé et travaille encore avec les plus grands noms du rap West Coast, Dr Dre, Eminem ou encore Snoop Dogg.

segal Ce mouvement musical s’est construit sur le funk, de Parliaments à Zapp, en passant par les O’Jays. Un son funk digéré par la MPC de Roger Linn, sous forme de samples, mais qui dès le début, a laissé leur place aux musiciens, claviers, guitaristes ou bassistes, à la différence du rap East Coast. En résulte des compositions plus progressives, et des sonorités plus riches.

Le succès a été énorme depuis N.W.A : Dr Dre, Snoop, Eminem, Ice Cube, Too Short et plus récemment 50 Cent et The Game totalisent les plus grosses ventes que le rap mondial ait jamais enregistrées.

hollywood Mais, un jour, l’industrie du disque a connu une crise commerciale, caractérisée par une baisse des ventes sans précédent. Quand tout le monde accuse le téléchargement, bon nombre d’artistes et de producteurs considèrent qu’il s’agit d’abord d’une crise d’offre due à l’incapacité des majors à proposer des nouveautés de qualité.

Ils décident donc de s’organiser de manière indépendante, en diminuant leurs dépenses, afin de préserver leur marge. Les investissements en promotion comme ceux afférents à la production même de la musique subissent des coupes drastiques.

Ces économies sont rendues possible par l’extraordinaire démocratisation des outils numériques de création et de production, et parmi eux, Pro Tools. Ce logiciel permet de réaliser chez soi les phases d’enregistrement sur pistes séparées puis celle du mixage des pistes entre elles.

rick-rock La production se réorganise en home studio, version allégée des studios professionnels qui ont couvé les plus grands disques de l’histoire de la musique reproduite. Il s’ensuit une évidente baisse de qualité sonore, puisqu’on se passe, d’une part, du savoir-faire de l’ingénieur du son durant la phase de l’enregistrement et parfois pour celle du mixage et, d’autre part, de la qualité des machines (inabordables pour un particulier) des gros studios. Plus de 25 salles d’enregistrement ont fermé en 4 ans à Los Angeles, faute de clients.

potard La démocratisation des moyens de production entraîne également une surproduction musicale de faible qualité. Nombre de jeunes semblent penser que posséder l’outil suffit à faire d’eux des producteurs ou des artistes. Après tout, ne travaillent-ils pas avec les mêmes moyens que ceux dont ils écoutent les disques ? Les producteurs se trouvent confrontés à une concurrence nombreuse et peu respectueuse de leur expérience et de leur savoir. Les artistes (rappeurs, chanteurs) se transforment en véritable gare de tri, ils reçoivent des dizaines de versions instrumentales par jour, sélectionnent celles qu’ils apprécient et enregistrent chez eux dans la foulée. Les albums sont beaucoup plus vite faits, moins maturés.

encore Par ailleurs, fondée sur une économie de catalogue, l’industrie du disque ne devrait-elle pas avoir une vue à moins court terme et réaliser que les disques qui font, encore aujourd’hui, les plus grosses ventes, les Motown, les Beatles et les Bob Marley furent produits dans des conditions d’exigence maximale du point de vue des moyens et du savoir-faire techniques ? Le lourd investissement nécessaire à l’entrée d’un artiste en studio n’imposait-il pas de sélectionner la crème de la crème, les grandes chansons et leurs grands interprètes?

Le rap n’a pas été choisi par hasard, ou par simple opportunisme. Nous aimons cette musique, qui est, par ailleurs, tellement marquée par le syndrome du “Je fais tout tout seul”. Dre, The Rza, DJ Premier, ces artistes “intuitifs”, aujourd’hui millionaires, ont inspiré notre génération. A les écouter, les outils et un peu d’audace semblaient suffire…

encore-2 Ces questions posées sur le terrain de la musique et plus précisément celui du rap californien, touchent tous les territoires (de nombreux studios ferment en France et en Europe), et concernent évidemment d’autres disciplines artistiques : le graphisme, le cinéma ou encore la photo. Cette hyper industrialisation de la culture, caractérisée par l’accélération des étapes de fabrication et l’illusion de leur facilité, tend à vendre au consommateur final les moyens de production plutôt que le produit culturel lui-même.

lyrics La démocratisation des moyens de production a entraîné un engouement sans précédent pour la composition de musique à domicile chez les amateurs. Un nombre de jeunes croissant ont désormais à leur disposition les mêmes outils que les professionnels. Faire de la musique à la maison est devenu le 2ème hobby aux Etats-Unis, hors sport, juste après la photographie. C’est un phénomène générationnel qui touche tous les pays d’Europe.

C’est d’abord pour partager avec eux nos informations, nos réflexions et notre plaisir que nous avons fait ce film. Car il existe des astuces, des savoir-faire et des exigences dont on ne peut se passer. C’est aussi pour expliquer à ceux qui n’y connaissent rien, leurs parents, par exemple, que faire un disque n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, qu’il faut du travail et de la culture.